Les contes de la savane - Le chacal et la mangouste
Un soleil rouge grenade se lève sur la savane. Les animaux, encore engourdis par la nuit, s'étirent et se préparent à une nouvelle journée. Les lions vont avoir droit à une grasse matinée bien méritée, le léopard s'étendra sur une branche pour sa sieste, les guépards se prépareront à partir en chasse.
Le chacal, lui, a eu une nuit agitée. Les proies qu'il convoitait se sont toutes échappées et le gnou que les lions ont tué pendant la nuit a rapidement été envahi de hyènes. Il a le ventre qui crie famine et ses petits lui réclament à manger comme tous les jours. Lovés à même le sol, ces derniers dorment du sommeil du juste, recouverts de poussière et de brindilles d'herbes après tous les jeux de la nuit passée. C'est qu'apprendre à chasser avec ses parents c'est sympa mais à leur âge les rudiments de la chasse disons que ça ne les passionne pas encore. Eux ont préféré faire copain-copain avec les petits de la mangouste d'à côté. Les parents mangoustes, eux, étaient partis chasser seuls, laissant leurs petits à l'abri dans leur terrier. Mais ces derniers, comme nombre de jeunes de leur âge, ont préféré sortir voir leurs amis plutôt que de rester enfermés sous terre. A l'aube, c'est donc une joyeuse bande de coquins que les parents mangouste ont découvert jouant à chat devant le terrier.
Les serpents ont l'air invincibles, avec leur venin parfois mortel, leurs anneaux constricteurs. Mais la mangouste est passée reine dans l'art de vaincre les reptiles les plus dangereux. L'union fait la force: l'un détourne l'attention du cobra ou du python pendant qu'un autre prend la base de sa tête entre ses canines acérées. Tactique infaillible, l'attaque de la mangouste réussit presque à chaque fois. Mais l'apprentissage de cete technique requiert des années de pratique et leurs petits se feront sans doute piquer plus d'une fois avant de la maîtriser assez pour partir en chasse seuls.
Revenons à nos chacals. Eux n'ont pas cette réputation de chasseurs hors-pair. Ce serait même plutôt l'inverse: beaucoup les considèrent comme des charognards, des opportunistes prêts à tout manger, profitant d'une aubaine comme une carcasse fraîche d'antilope ou un buffle mort de mort naturelle. Mais il ne faut pas se fier aux apparences. Si on les voit souvent rôder autour des corps pré-mâchés des herbivores, c'est avant tout parce que leur quotidien est mis en péril par les plus grands prédateurs que sont les lions, léopards, hyènes ou mêmes les guépards.
Un jour, après une énième remarque, le chacal en eut marre de toutes ces moqueries et décida de changer son image. Il alla voir la mangouste pour lui demander des conseils de chasse, n'importe quoi pourvu que ça puisse améliorer ses talents de prédateur. Après tout, elle arrivait bien à tuer quasiment à chaque attaque, il n'y a pas de raison que lui ne puisse en faire autant. Sitôt dit sitôt fait: la mangouste accepta d'aider le chacal et l'emmena une nuit en chasse avec elle. Pendant ce temps-là vous vous en doutez bien, leurs petits partirent faire les quatre-cents coups.
Après une bonne demi-heure, le chacal et la mangouste son professeur tombèrent nez à nez avec un python royal de quatre bons mètres. l'animal, probablement en chasse tout comme eux, ne leur prêta au début pas la moindre attention. Ce n'est que lorsqu'il sentit quelqu'un ou quelque chose lui mordre la queue qu'il commença à se poser des questions. Le chacal, bien décidé à copier la technique de la mangouste, tenait dans ses crocs le reptile, ou tout du moins son extrémité arrière. Celui-ci tenta de faire demi-tour, se courba, se roula en anneaux mortels et dirigea ces derniers vers le chacal. C'est ce moment que choisit la mangouste pour attaquer, bondissant de sous un fourré, elle saisit à la nuque le python. Celui-ci redirigea ses anneaux vers l'avant. Trop tard. Le chacal rejoint d'un bond la mangouste et mordit le serpent à la gorge. Celui-ci, la respiration coupée et la colonne vertébrale sectionnée, mourut très vite. Ils ramenèrent tant bien que mal leur trophée vers le terrier de la mangouste où leurs petits respectifs les attendaient. Émerveillés par le talent de leurs parents, ces derniers se jetèrent sur le corps encore froid du reptile et se firent un plaisir de se remplir la panse goulûment.
Le chacal revint ainsi chasser avec la mangouste pendant plusieurs semaines, récoltant au passage de nombreuses techniques de chasse, petits sauts et cachettes idéales, quels reptiles viser et comment les tuer d'une seule morsure. La mangouste était contente: la morsure du chacal était bien plus puissante que la sienne et son partenaire de chasse lui permettait de chasser plus de proies en une seule nuit, et des proies plus grosses. Arriva un matin où, à l'aube, le chacal remercia la mangouste, récupéra ses petits pour la journée et décida qu'il était grand temps de passer aux choses sérieuses de son côté. Il repéra donc un jeune gnou la nuit suivante et avec sa compagne, décida qu'ils allaient l'attaquer comme le lui avait appris la mangouste. Il se cacha dans un buisson, l'autre chacal en plein milieu du chemin. Le jeune gnou s'arrêta, jaugeant son adversaire, le jugeant trop petit pour réellement l'inquiéter. Il pencha la tête en avant et avec ses cornes fit mine de charger. Le chacal caché dans le buisson bondit sur la croupe de l'animal et se saisit de sa queue. Ruant de toutes ses forces, le gnou tenta en vain de décrocher l'étrange ventouse qui lui collait au derrière. Pendant ce temps et profitant de la diversion, l'autre chacal lui sauta à la gorge. Mais la mâchoire du chacal n'était pas du tout assez large pour saisir l'animal à la jugulaire: c'est donc à la barbiche du gnou que madame chacal se retrouva suspendue.
Bien évidemment, ils quittèrent vite les lieux une fois réalisé qu'ils ne pourraient jamais vaincre un animal aussi gros utilisant des techniques apprises sur des serpents et des lézards. La mangouste l'avait bien eut. Lui n'avait pas pensé que ses proies à lui n'étaient pas les mêmes que celles de la mangouste, que lui ne pourrait satisfaire l'appétit de sa petite troupe avec un cobra royal ou un mamba noir. Mais il reconnaissait l'efficacité de la chasse "mangoustine" et essaya maintes fois de reproduire l'exercice. Ce ne fut qu'avec l'aide de ses frères et cousins qu'il parvint à mettre un gnou à terre, des mois plus tard, après d'innombrables coups de sabots, ruades et "encornées". Ils étaient vingt-deux sur le pauvre animal, pendu à son cou et à son arrière-train comme autant de mouches sur la morve d'un petit d'homme. En deux minutes l'antilope était tuée. Mais la viande se révéla bien maigre à diviser en autant de part. Décidément, rien ne vaut la viande d'occasion se dit un jour notre ami chacal, et il retourna faire le tour des carcasses, les disputant aux vautours et aux hyènes.
Le chacal, lui, a eu une nuit agitée. Les proies qu'il convoitait se sont toutes échappées et le gnou que les lions ont tué pendant la nuit a rapidement été envahi de hyènes. Il a le ventre qui crie famine et ses petits lui réclament à manger comme tous les jours. Lovés à même le sol, ces derniers dorment du sommeil du juste, recouverts de poussière et de brindilles d'herbes après tous les jeux de la nuit passée. C'est qu'apprendre à chasser avec ses parents c'est sympa mais à leur âge les rudiments de la chasse disons que ça ne les passionne pas encore. Eux ont préféré faire copain-copain avec les petits de la mangouste d'à côté. Les parents mangoustes, eux, étaient partis chasser seuls, laissant leurs petits à l'abri dans leur terrier. Mais ces derniers, comme nombre de jeunes de leur âge, ont préféré sortir voir leurs amis plutôt que de rester enfermés sous terre. A l'aube, c'est donc une joyeuse bande de coquins que les parents mangouste ont découvert jouant à chat devant le terrier.
Les serpents ont l'air invincibles, avec leur venin parfois mortel, leurs anneaux constricteurs. Mais la mangouste est passée reine dans l'art de vaincre les reptiles les plus dangereux. L'union fait la force: l'un détourne l'attention du cobra ou du python pendant qu'un autre prend la base de sa tête entre ses canines acérées. Tactique infaillible, l'attaque de la mangouste réussit presque à chaque fois. Mais l'apprentissage de cete technique requiert des années de pratique et leurs petits se feront sans doute piquer plus d'une fois avant de la maîtriser assez pour partir en chasse seuls.
Revenons à nos chacals. Eux n'ont pas cette réputation de chasseurs hors-pair. Ce serait même plutôt l'inverse: beaucoup les considèrent comme des charognards, des opportunistes prêts à tout manger, profitant d'une aubaine comme une carcasse fraîche d'antilope ou un buffle mort de mort naturelle. Mais il ne faut pas se fier aux apparences. Si on les voit souvent rôder autour des corps pré-mâchés des herbivores, c'est avant tout parce que leur quotidien est mis en péril par les plus grands prédateurs que sont les lions, léopards, hyènes ou mêmes les guépards.
Un jour, après une énième remarque, le chacal en eut marre de toutes ces moqueries et décida de changer son image. Il alla voir la mangouste pour lui demander des conseils de chasse, n'importe quoi pourvu que ça puisse améliorer ses talents de prédateur. Après tout, elle arrivait bien à tuer quasiment à chaque attaque, il n'y a pas de raison que lui ne puisse en faire autant. Sitôt dit sitôt fait: la mangouste accepta d'aider le chacal et l'emmena une nuit en chasse avec elle. Pendant ce temps-là vous vous en doutez bien, leurs petits partirent faire les quatre-cents coups.
Après une bonne demi-heure, le chacal et la mangouste son professeur tombèrent nez à nez avec un python royal de quatre bons mètres. l'animal, probablement en chasse tout comme eux, ne leur prêta au début pas la moindre attention. Ce n'est que lorsqu'il sentit quelqu'un ou quelque chose lui mordre la queue qu'il commença à se poser des questions. Le chacal, bien décidé à copier la technique de la mangouste, tenait dans ses crocs le reptile, ou tout du moins son extrémité arrière. Celui-ci tenta de faire demi-tour, se courba, se roula en anneaux mortels et dirigea ces derniers vers le chacal. C'est ce moment que choisit la mangouste pour attaquer, bondissant de sous un fourré, elle saisit à la nuque le python. Celui-ci redirigea ses anneaux vers l'avant. Trop tard. Le chacal rejoint d'un bond la mangouste et mordit le serpent à la gorge. Celui-ci, la respiration coupée et la colonne vertébrale sectionnée, mourut très vite. Ils ramenèrent tant bien que mal leur trophée vers le terrier de la mangouste où leurs petits respectifs les attendaient. Émerveillés par le talent de leurs parents, ces derniers se jetèrent sur le corps encore froid du reptile et se firent un plaisir de se remplir la panse goulûment.
Le chacal revint ainsi chasser avec la mangouste pendant plusieurs semaines, récoltant au passage de nombreuses techniques de chasse, petits sauts et cachettes idéales, quels reptiles viser et comment les tuer d'une seule morsure. La mangouste était contente: la morsure du chacal était bien plus puissante que la sienne et son partenaire de chasse lui permettait de chasser plus de proies en une seule nuit, et des proies plus grosses. Arriva un matin où, à l'aube, le chacal remercia la mangouste, récupéra ses petits pour la journée et décida qu'il était grand temps de passer aux choses sérieuses de son côté. Il repéra donc un jeune gnou la nuit suivante et avec sa compagne, décida qu'ils allaient l'attaquer comme le lui avait appris la mangouste. Il se cacha dans un buisson, l'autre chacal en plein milieu du chemin. Le jeune gnou s'arrêta, jaugeant son adversaire, le jugeant trop petit pour réellement l'inquiéter. Il pencha la tête en avant et avec ses cornes fit mine de charger. Le chacal caché dans le buisson bondit sur la croupe de l'animal et se saisit de sa queue. Ruant de toutes ses forces, le gnou tenta en vain de décrocher l'étrange ventouse qui lui collait au derrière. Pendant ce temps et profitant de la diversion, l'autre chacal lui sauta à la gorge. Mais la mâchoire du chacal n'était pas du tout assez large pour saisir l'animal à la jugulaire: c'est donc à la barbiche du gnou que madame chacal se retrouva suspendue.
Bien évidemment, ils quittèrent vite les lieux une fois réalisé qu'ils ne pourraient jamais vaincre un animal aussi gros utilisant des techniques apprises sur des serpents et des lézards. La mangouste l'avait bien eut. Lui n'avait pas pensé que ses proies à lui n'étaient pas les mêmes que celles de la mangouste, que lui ne pourrait satisfaire l'appétit de sa petite troupe avec un cobra royal ou un mamba noir. Mais il reconnaissait l'efficacité de la chasse "mangoustine" et essaya maintes fois de reproduire l'exercice. Ce ne fut qu'avec l'aide de ses frères et cousins qu'il parvint à mettre un gnou à terre, des mois plus tard, après d'innombrables coups de sabots, ruades et "encornées". Ils étaient vingt-deux sur le pauvre animal, pendu à son cou et à son arrière-train comme autant de mouches sur la morve d'un petit d'homme. En deux minutes l'antilope était tuée. Mais la viande se révéla bien maigre à diviser en autant de part. Décidément, rien ne vaut la viande d'occasion se dit un jour notre ami chacal, et il retourna faire le tour des carcasses, les disputant aux vautours et aux hyènes.
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