Les contes de la savane - La psychanalyse du vautour
Marty le vautour a le cafard. Ses journées se suivent et se ressemblent, ses repas sentent le cadavre en putréfaction et ses voisins de table ont du sang plein les plumes et l'ambiance au quotidien laisse à désirer. Les hyènes, ces compères hilares in utero déjà, lui rient au nez de sa dégaine étrange lorsqu'il sautille autour d'une carcasse, font circuler des blagues de très mauvais goût dans toute la savane. Par exemple, "Marty mange tellement de viande pourrie qu'il se parfume à l'andouillette AAAA" et autres buffleries.
Dans le salon du seul psychanalyste qu'il a déniché, les canapés de cuir pur gnou bleu rivalisent de mauvais goût avec les suspensions à base de bouse d'éléphant séchée. Pour seul conseil, l'homme de science lui recommande de varier son alimentation, de passer à de la viande plus fraîche, voire des légumes. L'oiseau de proie, soudain, se demande s'il a bien fait de venir se faire analyser. Après tout, ses semblables, comme lui, subissent moqueries et blagues vaseuses à longueur de journée, et eux ne se plaignent pas. La tête rentrée dans les épaules, le bec baissé et les yeux mi-clos, Marty s'en va, délesté par l'homme aux lunettes d'une bonne moitié de sa paie de charognard. En chemin il croise Hilda, la hyène la plus sarcastique s'il en est. "Oh, Marty! Tu sors de chez mon cousin Psychacal on dirait! Quelque chose ne va pas? ça va jaser!"