Les contes de la savane - La girafe désarçonnée

Publié le par Matthieu

Parmi les animaux de la savane, la girafe n'a pas d'égal pour la hauteur. Elle est la seule à pouvoir manger les tendres pousses du sommet de l'acacia. Ses tâches, son long cou et ses pattes sans fin en font l'éternelle demoiselle de la brousse africaine. A la naissance le girafon mesure déjà deux bons mètres. D'où un sentiment de supériorité exacerbé dès le plus jeune âge.

Ses compagnons de jeu, gazelles, phacochères, élans, gnous, ont tous été un jour ou l'autre jaloux de sa grande taille, de la facilité avec laquelle elle dénichait le jeune babouin caché dans les cimes ou l'espiègle caméléon en équilibre sur la plus haute branche de l'arbre. Cache-cache et autres colin-maillard sont ses jeux favoris. Depuis toute jeune, elle chahute, court avec ses amis, grignote les bourgeons les plus goûteux. Parfois, l'un ou l'autre de ses camarades lui organise une blague. Un jour les zèbres avaient passé de l'argile sur ses sabots pendant son sommeil. A son réveil, la vision de cet immense animal faisant du patin à glace en pleine savane en avait amusé plus d'un. Un autre jour, ces mêmes zèbres - toujours aussi joueurs - avaient tapissé le bord de la mare de boue. Se penchant alors pour boire, notre girafon se retrouva en grand écart, la tête dans l'eau. "Tu peux boire tout ton soif maintenant ma grande!" lui répondirent les rayés tous en choeur.

Un beau jour, un héron de passage lui raconta une histoire intéressante. En migration en Europe, l'échassier était tombé sur un musée à ciel ouvert représentant de nombreuses espèces d'animaux aux formes étranges, certains avec de très longues queues, d'autres à l'allure terrifiante, les dents et les griffes acérées, d'autres encore cuirassés tels les tatous ou les porcs-épics. L'un de ces animaux étranges, lui dit-il, était tellement grand qu'il dépassait de beaucoup les plus grands arbres du parc. Sa minuscule tête, perchée au bout d'un cou aussi long que deux girafes, surplombait un corps gras et une queue elle aussi interminable, qui plongeait dans l'eau d'un lac. A l'entendre, la girafe était persuadée qu'un tel animal ne pouvait exister, que les girafes étaient bel et bien les plus grands animaux sur Terre. Sa mère lui avait enseigné cela toute petite et depuis c'était comme une base, une référence. Seuls les arbres la dépassait. Ce fut un choc. La nouvelle circula vite, répandant confusion et interrogations dans la brousse. Tous les animaux en vinrent à se demander si les girafes méritaient réellement leur titre. Certaines girafes tombèrent en dépression.

Le héron, lui, ricanait de sa blague sous son aile. Il savait bien que ces animaux antédiluviens avaient disparu il y a bien longtemps. Ceux qu'il avait vus étaient sans vie, immobiles, et des tas de gens se pressaient pour les photographier, sans que les géants verts ne répliquent d'aucune façon. Les girafes finirent un jour par apprendre la vérité, et se vengèrent sur le héron, mais ceci est une toute autre histoire.
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