Fennimore coupeur

Publié le par Matthieu

Une rivière dans la forêt canadienne. Une parmi tant d'autres. Pas une âme qui vive. Pas humaine du moins. Les animaux sont les rois ici, il suffit de regarder autour de soi pour le constater. Traces de griffures d'ours sur les troncs d'arbres, terriers de blaireaux et de renards entre les racines des conifères pluri-centenaires, nids d'oiseaux par dizaines dans le faîte des érables et autres feuillus des bois environnants.

Sur l'eau se dresse une Muraille de Chine, un Mur d'Hadrien, une ligne Maginot végétale. Il lui aura fallu des années pour accomplir un tel chef d'oeuvre. Plus de deux mètres de haut, quatre bons mètres de largeur, courant d'une berge à l'autre, créant un pont pour le passage de tous, une digue où pêcher du poisson en abondance toute l'année. Les indiens Hurons ou Mohicans ne sont plus là, ils meurent de la fièvre éthylique dans des réserves d'Etat.

Fennimore le castor, lui, entretient son barrage tel un ingénieur formé aux plus grandes écoles, fortifiant et consolidant quand nécessaire, réalisant une minuscule brèche de temps en temps pour soulager le trop-plein de la retenue d'eau en amont. Sa petite famille vit avec lui dans ce barrage digne des plus grands architectes, ses petits apprendront bientôt les rudiments de la construction et de la découpe de troncs, la sélection des essences idéales, le moment propice à l'édification, bref tout ce qui fait que Fennimore le coupeur est bel et bien le dernier des conquérants.

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