Les tourterelles de l'impasse
Je les entend encore roucouler du haut de leur poteau téléphonique. L'impasse était toujours très calme, les quelques habitants principalement des retraités. La maison avait cette odeur qu'ont les grands-parents, vous savez... de choses qui ont vécu, qui ont été lavés et relavés, de vieilles tapisseries, de cadres aux visages monochromes, de massifs parfaitement entretenus par un jardinier que l'on tutoie et qui prend le café l'été sur la terrasse à l'ombre du lagerstroemia.
L'allée de gravier, nous y chahutions souvent, mettant en rogne Bon-Papa qui nous faisait alors ramasser chaque caillou jusqu'à ce que l'allée pavée qui menait au garage soit aussi immaculée que le crépis de la façade. Pas une feuille ne dépassait des buis de la haie, le rosier derrière la maison semblait éternellement en fleur. Souvenir étrange du couteau électrique qui tranche dans le pain congelé, ne me demandez pas pourquoi mais cette image est restée gravée dans ma mémoire. Celle aussi du vieil homme qui vient me réveiller en pleine nuit pour me montrer un spectacle du Moulin Rouge ou du Crazy Horse. Je devais avoir 10 ans, toutes mes dents, pas encore un seul poil et la bouche grande ouverte devant toutes ces dames qui dansaient dans des tenues... pour le moins étranges.
On y enfilait des patins, on y ouvrait des cadeaux à Noël, on y dormait parfois, on y écoutait des histoires de Syrie et de Liban, de soldats et de voyage. On mangeait des pâtes de fruits, on balançait des cailloux sur l'usine en contre-bas, nous baissant à chaque lancé pour éviter les coups d'oeil menaçants des ouvriers. On y a goûté un nombre incalculable de fois Prospers et pain d'épice sous les mûriers platanes, sur ces bancs de pierre qui faisaient mal aux fesses et vous laissaient sur les pantalons une marque vert-de-gris tellement ils étaient vermoulus. Où qu'ils soient aujourd'hui, à ces grands-parents que j'aurais aimé mieux connaître encore, à qui j'aurais tant aimé présenter leur arrière-petite-fille, ils nous observent, et leur sourire en coin m'en fait esquisser un, à mon tour.
On y enfilait des patins, on y ouvrait des cadeaux à Noël, on y dormait parfois, on y écoutait des histoires de Syrie et de Liban, de soldats et de voyage. On mangeait des pâtes de fruits, on balançait des cailloux sur l'usine en contre-bas, nous baissant à chaque lancé pour éviter les coups d'oeil menaçants des ouvriers. On y a goûté un nombre incalculable de fois Prospers et pain d'épice sous les mûriers platanes, sur ces bancs de pierre qui faisaient mal aux fesses et vous laissaient sur les pantalons une marque vert-de-gris tellement ils étaient vermoulus. Où qu'ils soient aujourd'hui, à ces grands-parents que j'aurais aimé mieux connaître encore, à qui j'aurais tant aimé présenter leur arrière-petite-fille, ils nous observent, et leur sourire en coin m'en fait esquisser un, à mon tour.
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