Lire avant tout
Lire autre chose que l'Equipe ou les aventures de Quick et Flupke, prendre le temps de tourner des pages, de sourire ou pleurer, de critiquer en bien ou en mal; les lecteurs de livres sont en voie de disparition.
Qu'ils soient reliés de cuir, cornés, neufs, rendus illisibles par l'humidité ou les intempéries, de poche ou d'étagère, ces romans, autobiographies, biographies, récits de voyage ou essais plus ou moins biscornus méritent notre attention. Chaque année des centaines de livres paraissent et chaque année des milliers de lecteurs arrêtent de lire. Trop de temps perdu selon eux, trop compliqué de tourner les pages, de lire ces caractères si petits, ce vocabulaire un peu trop fleuri. Notre belle langue française se nourrit pourtant des auteurs qui l'utilisent, elle subsiste grâce à tous ces hommes et ces femmes qui chaque jour ou presque, s'assoient devant leur machine à écrire, vont dehors se poser sur un banc avec leur bloc, ou tout simplement passent leur journée dans le métro avec leur Moleskine préféré et leur crayon de bois HB.
Les jeunes ont les lacunes les plus importantes. Leurs professeurs de lettres n'ayant pour la plupart pas su leur inculquer cet amour des belles phrases pourtant si cher au patrimoine culturel français, ils s'interdisent tout ce qui pourrait ressembler à un livre: de leur aversion pour Zola, Maupassant ou Flaubert, ils développent une haine profonde pour tout ce qui fait plus de 30 pages et ne comporte aucune image. Ils passent à côté de tellement d'auteurs, de chefs-d'oeuvre de la littérature française et internationale. Qu'ils lisent Sun Tzu's L'Art de la Guerre, et ils comprendront les stratégies militaires, commerciales et managériales depuis 300 ans. S'ils connaissaient Kerouac, Ginsberg ou encore Harper Lee, ils auraient une autre image du mouvement hippie par leurs prédécesseurs: les hommes et les femmes de la Beat Generation, tous plus fous les uns que les autres mais réussissant néanmoins à voyager à travers leur immense pays qu'est l'Amérique, à rencontrer des gens représentatifs de l'époque. Leur esprit si particulier est une leçon pour nombre d'entre nous qui aujourd'hui ne voulons pas voir plus loin que le bout de notre nez, qui, ayant peur de l'avenir, de l'autre et de la différence, nous refusons à tout changement, à toute modification dans notre comportement professionnel, personnel, politique et même culturel. Pourquoi est-ce qu'un livre écrit par un drogué ne serait pas un bon livre? Après tout des légendes de la littérature française telles qu'on nous les enseigne à l'école (i.e. Rimbaud) dépendait elles-mêmes de l'opium et plus souvent de l'alcool.
Prendre un livre et s'asseoir, prendre le temps d'ingurgiter des mots, des phrases, des paragraphes et petit à petit des centaines de pages noircies de caractères d'imprimerie. Cela ne s'apprend pas à l'école mais sur le tas, chez soi, dans la rue, à la bibliothèque, dans les librairies. Prenez-moi moi ou mon père. Lâchez-nous dans Mollat [librairie de référence pour tout le Sud-Ouest] et repassez 15min plus tard. Non seulement on ne se sera pas echappé mais nos bras seront chargés de bouquins, de cartes, de ces trésors de la littérature qu'on cherchait sans le savoir depuis des années, d'une carte de Madagascar pour nous faire un peu plus rêver des voyages encore au stade embryonnaire.
Et s'il y a une chose qu'il faut bien comprendre c'est à quel point lire augmente le champ de vision, élargit la culture générale, permet d'appréhender tellement de sujet différent qu'on en arriverait presque à dire qu'un homme ou une femme qui a passé sa vie à dévorer romans, biographies et essais en tout genre est à même de converser avec n'importe qui n'importe où, que ce soit dans la salle de pause d'une aciérie à Minsk, dans un café branché de la City ou encore sur les marches de l'Académie Française dans le Sixième. En se nourrissant ainsi, on s'évite le mâchage de dictionnaires tel que l'affectionnent tout particulièrement les invités de Julien Lepers sur France 3. On passe moins pour un demeuré lorsque notre entourage aborde des sujets un peu particuliers. On est capable de discuter le sort des Kurdes ou la descendance de Genghis comme le pour et le contre de romans tels que In Cold Blood, de Truman Capote, qui avait à sa sortie provoqué un tollé. Bref lire c'est être conscient de son passé, acteur de son temps et ouvert vers l'inconnu, le futur.
Lecture en cours: Wilfred Thesiger, The Life Of My Choice.
Sue ce bon dimanche et surout... bonne lecture!
Qu'ils soient reliés de cuir, cornés, neufs, rendus illisibles par l'humidité ou les intempéries, de poche ou d'étagère, ces romans, autobiographies, biographies, récits de voyage ou essais plus ou moins biscornus méritent notre attention. Chaque année des centaines de livres paraissent et chaque année des milliers de lecteurs arrêtent de lire. Trop de temps perdu selon eux, trop compliqué de tourner les pages, de lire ces caractères si petits, ce vocabulaire un peu trop fleuri. Notre belle langue française se nourrit pourtant des auteurs qui l'utilisent, elle subsiste grâce à tous ces hommes et ces femmes qui chaque jour ou presque, s'assoient devant leur machine à écrire, vont dehors se poser sur un banc avec leur bloc, ou tout simplement passent leur journée dans le métro avec leur Moleskine préféré et leur crayon de bois HB.
Les jeunes ont les lacunes les plus importantes. Leurs professeurs de lettres n'ayant pour la plupart pas su leur inculquer cet amour des belles phrases pourtant si cher au patrimoine culturel français, ils s'interdisent tout ce qui pourrait ressembler à un livre: de leur aversion pour Zola, Maupassant ou Flaubert, ils développent une haine profonde pour tout ce qui fait plus de 30 pages et ne comporte aucune image. Ils passent à côté de tellement d'auteurs, de chefs-d'oeuvre de la littérature française et internationale. Qu'ils lisent Sun Tzu's L'Art de la Guerre, et ils comprendront les stratégies militaires, commerciales et managériales depuis 300 ans. S'ils connaissaient Kerouac, Ginsberg ou encore Harper Lee, ils auraient une autre image du mouvement hippie par leurs prédécesseurs: les hommes et les femmes de la Beat Generation, tous plus fous les uns que les autres mais réussissant néanmoins à voyager à travers leur immense pays qu'est l'Amérique, à rencontrer des gens représentatifs de l'époque. Leur esprit si particulier est une leçon pour nombre d'entre nous qui aujourd'hui ne voulons pas voir plus loin que le bout de notre nez, qui, ayant peur de l'avenir, de l'autre et de la différence, nous refusons à tout changement, à toute modification dans notre comportement professionnel, personnel, politique et même culturel. Pourquoi est-ce qu'un livre écrit par un drogué ne serait pas un bon livre? Après tout des légendes de la littérature française telles qu'on nous les enseigne à l'école (i.e. Rimbaud) dépendait elles-mêmes de l'opium et plus souvent de l'alcool.
Prendre un livre et s'asseoir, prendre le temps d'ingurgiter des mots, des phrases, des paragraphes et petit à petit des centaines de pages noircies de caractères d'imprimerie. Cela ne s'apprend pas à l'école mais sur le tas, chez soi, dans la rue, à la bibliothèque, dans les librairies. Prenez-moi moi ou mon père. Lâchez-nous dans Mollat [librairie de référence pour tout le Sud-Ouest] et repassez 15min plus tard. Non seulement on ne se sera pas echappé mais nos bras seront chargés de bouquins, de cartes, de ces trésors de la littérature qu'on cherchait sans le savoir depuis des années, d'une carte de Madagascar pour nous faire un peu plus rêver des voyages encore au stade embryonnaire.
Et s'il y a une chose qu'il faut bien comprendre c'est à quel point lire augmente le champ de vision, élargit la culture générale, permet d'appréhender tellement de sujet différent qu'on en arriverait presque à dire qu'un homme ou une femme qui a passé sa vie à dévorer romans, biographies et essais en tout genre est à même de converser avec n'importe qui n'importe où, que ce soit dans la salle de pause d'une aciérie à Minsk, dans un café branché de la City ou encore sur les marches de l'Académie Française dans le Sixième. En se nourrissant ainsi, on s'évite le mâchage de dictionnaires tel que l'affectionnent tout particulièrement les invités de Julien Lepers sur France 3. On passe moins pour un demeuré lorsque notre entourage aborde des sujets un peu particuliers. On est capable de discuter le sort des Kurdes ou la descendance de Genghis comme le pour et le contre de romans tels que In Cold Blood, de Truman Capote, qui avait à sa sortie provoqué un tollé. Bref lire c'est être conscient de son passé, acteur de son temps et ouvert vers l'inconnu, le futur.
Lecture en cours: Wilfred Thesiger, The Life Of My Choice.
Sue ce bon dimanche et surout... bonne lecture!
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