Murakami ou Dickens au pays des samouraïs
Kafka on the shore c'est un peu Oliver Twist réécrit par Cendrars ou Kerouac, on y retrouve le désespoir d'une jeunesse perdue, les aléas du voyage initiatique ou encore des rencontres hautes en couleurs et des descriptions de villes telles que les aime Conrad ou Auster. Le verbe est fluide, la langue libérée et parfois même crue, le vocabulaire est brillant en anglais, je n'imagine même pas ce que cela doit donner en japonais. Les barrières sur le chemin du héros paraissent infranchissables, ses aspirations idylliques, mais l'auteur parvient à tout rendre réalisable, ébahissant de prouesses narratives. Le roman est divisé en trois narrations différentes qui peu à peu commencent à se recouper, les personnages apparaissant après une centaine de pages dans le récit de tel ou tel autre narrateur. L'aspect historique quasi-scientifique et les bizarreries imaginées par Murakami font parfois penser à Poe ou Orwell, on se croirait dans un Silmarillion moderne sur fond d'estampes d'Hokkaido à l'encre de Chine.
Un bien beau roman qui personnellement m'a fait découvrir un auteur apparemment déjà reconnu. A lire de toute urgence, en version originale pour les japonisants, en français ou en anglais pour les autres.