Bordeaux sans les aoûtiens

Publié le par Matthieu

C'est un peu le Far-West. Les touristes envahissent le centre-ville et l'anglais et l'allemand deviennent les deux langues les plus parlées dans le tramway, les grands magasins, les restaurants huppés, sur les promenades fleuries des nouveaux aménagements des quais. Les villes en périphérie se sont vidées, on peut aisément marcher en plein milieu de la rue dès vingt heures, quand les touristes sont rentrés dans leurs hôtels respectifs. Les polo-pull-noué-autour-du-cou-bateaux-aux-pieds-lunettes-Ray-Ban sont tous au Ferret à profiter de leurs villas ombragées à l'abri des regards indiscrets. le gratin de la jet set française fait des belotes à la pointe sous les pins aux odeurs de cigales.

Ne restent plus à Bordeaux que les malheureux travailleurs du mois d'août, les étudiants étrangers qui n'ont pas les moyens de rentrer au pays pour les vacances. C'est l'Afrique dans le Sud-Ouest, c'est le Texas autant que la Bavière: chaussettes dans les nus-pieds, chapeaux de cowboy, tresses gabonaises et bambins polyglottes arpentant les avenues et ruelles de cette belle ville vidée de la plupart de ses habitants. On s'improviserait vite guide touristique ou panneau indicateur ambulant. Les bars et cafés font leur moissons d'euros pour l'année. Les allées de Tourny, les Quinconces ou le cours de l'Intendance se peuplent de petits groupes bigarrés aux accents étranges, Japonais, Coréens, Australiens, Indiens. Tous déambulent appareil photo à la main, bobs sur la tête, chaussures de randonnée ou tongues aux pieds.

Bordeaux sans les aoûtiens c'est un peu Montmartre au quotidien: on se croirait dans un musée à ciel ouvert, une cité cosmopolite aux monuments immaculés. Bordeaux sans les aoûtiens c'est comme le Cap Ferret en hiver: pas un Bordelais à la ronde. Comme quoi voyager pas cher c'est possible: on prend le tram pour Pey-Berland et la Cathédrale, on fait quelques pas et on s'intègre discrètement à un groupe de touristes: la visite commence et on se fond dans la masse anonyme en se faisant passer pour un Israélien de passage pour affaires. La kipa n'est pas obligatoire mais l'anglais à la Jacques-Yves Cousteau recommandé. N'oubliez pas le pourboire à la fin quand même, c'est pas parce qu'on ne paie pas pour la visite qu'on ne remercie pas le guide pour son talent d'orateur.
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Publié dans Voyage

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