Métropolitain

Publié le par Matthieu

La routine parisienne impose ses standards. Le flot d'hommes et de femmes convergeant vers les voies est tel que l'inconscient qui n'accélérerait pas le pas ou pire, tenterait de rebrousser chemin se verrait bousculé voire piétiné par la meute enragée de costumes cravates et sacs Louis Vuitton.

Le métro parisien et ses phénomènes. Régularité des prestations, vociférations tonitruantes du marchand de fruits et légumes de Nation ou tribulations pseudo-musicales d'artistes anonymes et insistants. Les mains tendues et les guenilles des roumains, les menottes baladeuses des enfants des rues et les regards en diagonale de tous ces gens qui vous dévisagent. Je me suis bavé dessus? Est-ce qu'un pigeon a lâché du lest sur ma veste? Rien de tout cela. La monotonie du quotidien les rends curieux, moqueurs, inquiets et paranoïaques. Observez la prochaine fois lorsqu'un barbu monte dans la rame et que sur lui les regards se portent. Lisez dans leurs yeux l'indignation, l'incompréhension et déduisez-en la méprise, le dédain qu'ils ressentent.

Couleurs chaudes et ensembles noirs se mélangent, classiques de la littérature, journaux gratuits, Harry Potter ou San Antonio, chacun sa marotte, chacun ses mots. Tous ces maux posés sur ces sièges, toutes ces humeurs comme une symphonie, une ode à l'être humain. Dans ces wagons surchauffés et secs où parfums et sueur se rencontrent, les phéromones s'en donnent à coeur joie, les infections circulent gaiement. Ces stations où le nombre est tel que les All Blacks à eux tous ne parviendraient pas à faire rentrer tout le monde à l'intérieur. Mais où tous se disent qu'ils ont leur chance, que s'ils loupent celui-c, le prochain sera aussi bondé.

Ces hommes et ces femmes qui pour rien au monde n'arriveraient en retard au bureau, pour qui courir n'est pas réservé aux athlètes; un marathon par semaine ça vous forge un homme - ou une femme. Ces gens qui étrangement se pensent seuls et s'approprient toute une barre et obligent leurs voisins à jouer les équilibristes, au détriment de ceux qui, tranquillement plongés dans leur lecture, voient leur espace intime soudain envahi par des corps en chute. La musique fuit des écouteurs, déborde des oreilles, offusque certains; qu'est-ce qu'un peu de bruit parmi tant de bruit après tout. Pourquoi grimacer devant du rap qui s'épanche dans le vide alors que tout autour de soi n'est que grincements et sifflements? Ouvrir les oreilles et emmagasinner tous ces sons, s'occuper comme on peut pour faire passer le temps et faire avec plutôt que sans, au risque de se fâcher et de perdre patience.

La civilité se fraye un chemin discret dans ces endroits clos, on se lève pour laisser sa place à une personne âgée, on hésite lorsque la rondeur sur le ventre d'une femme pourrait tout aussi bien être due à une mauvaise alimentation qu'à la croissance d'un petit être. On se résigne quand le vieux centenaire nous dit que "ça va, je descends dans deux stations", on sourie alors, lui aussi, vous faisant voir au passage son dentier tout neuf ou des chicots jaunis et noircis par trop de gitanes maïs.

On fait les moutons et on avance, parce qu'il faut bien se déplacer et reconnaissons-le le métro c'est bien pratique, ça nous évite tous ces bouchons, tous ces ralentissements à la surface, là où les gens, pour le coup, sont vraiment les pires.

Ah, vive le Métropolitain!
Publicité

Publié dans Diary

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
G
moi j'aime pas du tout cet interface!!
Répondre
M
<br /> qui parle?<br /> <br /> <br />
D
C'est vrai que tes notes te ressemblent plus que Facebook. Moi j'aime beaucoup en tout cas. Puis plus sympa aussi ton nouvel interface ;-)
Répondre