Neige au soleil
Nos peaux écumeuses de l'hiver prélassées sur les serviettes, loin du parasol avant tout là pour protéger sacs et glacières, garçons et filles lézardent sous les rayons brûlants du soleil de juillet.
Découragés par des représentants des forces de l'ordre vêtus de drôles d'uniformes et perchés sur de hautes chaises, les baigneurs se contentent de la mousse au bord de l'eau. Coups de sifflet et vociférations au mégaphone polluent notre après-midi paisible sur cette si belle côte océane, mais pas trace encore des hollandais ou allemands, transistor allumé et musique à fond. Quelques créatures artificiellement bronzées durant la saison froide s'étalent de tout leur long sur des paréos griffés alors que des dizaines de paires d'yeux des scrutent attentivement. Les jeunes gens des quartiers populaires rassemblés ici forment comme des meutes, des "packs" de loups, les babines brillantes de désir et la mèche rebelle savamment brossée au gel fixation extrême.
Quelques surfeurs sont à l'eau, à califourchon sur leurs planches, malgré l'interdiction due à une météo orageuse. Chevauchant leurs montures de fibre de verre et polyuréthane, ils défient les éléments, mentors aquatiques de ces rêveurs de sable que sont les simple "piétons". Interdiction formelle au père de famille que je suis maintenant de braver les vagues - je me tiens donc coi, juché bêtement au pied de ma planche, le sable dans les orteils et le vague à l'âme.