Léo Ferré l'a chantée, mon père me le chantait... et sous son pull...

Publié le par Matthieu

Pâname, Pâname, Pâname, que tu étais belle sous ton voile de pluie et de nuages. Trêves de balivernes, le métro me rend homesick et la vitesse de leurs petits pas blasés de temps de précipitation ma foi bien inutile. Pourquoi ne pas se lever plus tôt, profiter de la marche. Courir en imperméable St Germain la sacoche à la main, les marches monter par  quatre et les poussettes laissées en haut des escaliers. Visages désabusés de ces parents perdus, passés et dépassés par cette folle cohue.

Deux fois hier j'ai aidé un parent isolé à descendre les marches, poussette sur le dos tel un sherpa anapurnien, petit être chocolat ou café au lait se trimbalant, peu intéressé par tout ce remue-ménage, seul l'obnubile le sein de sa mère, le pigeon sale et le vieux chewing-gum collé au siège du métro. A deux reprises ces regards m'ont touché, cherchant dans la foule un soupçon d'humanité; sans réfléchir je me suis approché, un sourire esquissé. Et sur leurs lèvres béates des dents blanches et un merci; les ombres s'enfuient, la queue flanche entre les pattes.

Première semaine de cours, exclusivement dédiée au secourisme, JF, le formateur, ancien PN Air Lib et aujourd'hui infirmier de formation, formateur de PNC. Un brin timide et réservé, les jours et notre allant aidant, sourires et fermetés il a osé. Quelques chahuteurs jeunes bacheliers auront bien tenté, mais tout ou presque est entré, dans nos oreilles pour certains percées, et en ce jeudi soir, les révisions vont bon train, crayon à la main, l'autre sur le front, tous à nos bureaux galérer nous allons. Mais irons-nous jusqu'au bout? Cette formation qu'on supposait triviale se révèle bien plus coriace. Mais apprendre et écouter, sur-ligner et sous-ligner, fluo à main droite et stylo rouge à main gauche, je rature et re-rature l'ouvrage relié à la va-vite qui nous sert de manuel. Journées bien remplies et pauses vite envolées, c'est mégots en caniveau que nous rejoignons, penauds, nos chaises encore chaudes, arrêts pipi ou fontaine-qui-n'en-est-pas-une.

Sa voix nous berce sans nous endormir, nous inculquant tous ces mots, tous ces gestes qui sauvent. Ponctuée d'interruptions plus ou moins justifiées, son explication se poursuit avec force schémas, poumons aplatis et coeurs en coupe, mydriase ou myosis, bradypnée ou tachypnée, artère coronarienne ou au contraire veine cave, carpe métacarpe phalange phalangine ou phalangette, bulbe rachidien ou cerveau, rachis lombaire ou cervical, colique hépatique ou néphrétique, crise d'Angor ou angine de poitrine, des termes qu'on dirait venus de Tombouctou ou Ouagadougou déferlent dans nos oreilles, inondant notre oreille interne, noyant au passage cochlée et vestibule, se déversant dans nos trompes d'Eustache à tous, qui suivons ou cherchons la réponse pertinente qui ira droit au but, et finissant dans nos cavités nasales, enrhumées par ce temps frais et humide qui sied tant à cette ville, à cet univers de béton où le temps semble arrêté, comme atemporel. Pas intemporel, non, ce n'est pas comme si on hésitait sur la période de l'Ere Humaine. Non c'est plus comme si le Paris d'aujourd'hui était autant Lutèce que Lugdunum, rien n'y paraît rattaché à une époque particulière. Et ces gens qui courent pourraient tout aussi bien être des protestants fuyant les persécutions que des hommes de Néanderthal effrayés par une horde de tigres à dents de sabre.

Cette ville me dépasse, ses mouvements métronomiques quotidiens sous-terrains et aériens. Toutes ces traces d'un blanc immaculé dans ton ciel, toutes ces langues aux coins des avenues, ces couleurs sur nos peaux si belles qu'un arc-en-ciel du zénith à l'horizon ne suffirait pas pour en dépeindre l'infinie palette, tout ça ne te pousse pas à t'éloigner, ne te ralentit pas dans ta course folle, ne te dis pas ce qu'elle me dit à moi. Cours, vole! Oui, cours et vole en dehors de ces murailles de verre et d'acier, ces lourdes crénelures de paraboles et de cheminée, ces meurtrières et machis-coulis qui sans-cesse me rappelle à quel point elle emprisonne, Pâname, l'âme et le coeur de tous ceux qui n'ont pas la force comme vous l'avez, vous, de rester.

Tous ces corps dont les racines se tissent entre les pavés un chemin inextricable, dont le sang vient d'ici et coulera au même endroit, tous ces esprits qu'on croirait égarés mais qui se meuvent dans cet élément si particulier avec une aisance si naturelle. Crawl, brasse, même le dos-papillon sur les Champs ne leur fait pas peur, les excite même! Ceci est une ode, que-dis-je un hommage à ces hommes et ces femmes, ces enfants, ces vieillards qui, marchant plus ou moins vite il est vrai, font que la ville reste l'une des plus belles: Ô Parisiens.

Merci d'être là pour occuper ces murs que sans vous les pigeons, les rats et les faucons auraient déjà depuis longtemps colonisés. Merci de conserver l'histoire, d'embellir le présent et de tenter de faire en sorte que le futur ne soit pas trop moche.

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Publié dans Diary

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B
ouhlalala mais préviens quand tu fais des changements de déco comme ça ! J'ai failli avoir une crise cardiaque !:)
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M
<br /> ah oui désolé j'aurais du envoyer un mail à mes "nombreux" lecteurs!<br /> Sinon t'en penses quoi? du style et du derier article...<br /> ah et je sais pas si t'as vu mais je me suis enfin désabonné de FB.<br /> Comment va Strasbourg?<br /> <br /> <br />