Norman, le gnou hypochondriaque

Publié le par Matthieu

Norman était né en pleine santé, dans une famille de bons vivants, d'un père chef de clan et d'une mère haute en couleur, un caractère bien trempé. Il avait eu une enfance dorée, les meilleurs pousses d'herbe lui étaient réservées, les amis ne manquaient pas et les amours arrivèrent très vite. Pourtant, son comportement n'avait rien du gnou habituel. D'accord il avait les tocs habituels de son espèce, ce sautillement étrange, cette façon de secouer la tête en manquant de s'encorner tout seul, ces ruades injustifiées qui mystifient tout observateur. Il ne connaissait pas le vocabulaire adéquat mais nos médecins modernes l'auraient qualifié d'hypocondriaque.

Depuis sa rencontre avec une hyène portée sur les potions miracles et remèdes de sorciers, il avait la fâcheuse tendance de se croire malade à longueur d'année. Lors de la dernière grande migration, il a failli louper le départ à cause de ce qu'il croyait être une méningite. En réalité, un scarabée coincé dans son oreille lui donnait des migraines terribles. Il fallu l'aide de sa jeune soeur et d'une branche d'acacia pour déloger l'insecte logé au chaud contre son tympan. La veille il était resté couché sous un buisson, prétextant une grippe carabinée alors qu'il s'agissait d'un simple rhume des foins. Du coup, il n'avait même pas pu préparer sa valise pour le grand départ, quelqu'un d'autre avait du s'en charger pour lui. Un babouin bienveillant lui dit un jour: "Norman, tu devrais voir quelqu'un, te faire aider, ça ne peut plus durer ces simagrées et ces plaintes continuelles, tu embêtes tout le monde avec ça!" A quoi Norman avait répondu qu'il n'y pouvait rien s'il était souvent malade, quoi qu'il fasse il fallait qu'il attrape tout ce qui passe, les virus, les bactéries, les parasites... Pourquoi lui, ça il n'en savait rien. Les autres avaient beau essayer de lui expliquer que tout était dans sa tête, que ce n'était que son cerveau qui lui jouait des tours, il ne voulait croire personne, convaincu de son état - malade.

Jusqu'à ce qu'il rencontre Victoria, une jeune gnou du clan voisin, de quatre ans sa cadette. Écologiste et anti-tout, elle ne se soignait pratiquement jamais, n'était à vrai dire jamais malade. un esprit sain dans un corps sain dirons-nous. l'amour lui fit ouvrir les yeux, Norman réalisa que peut-être certains de ses troubles n'étaient que fantaisie, inventés par son esprit d'antilope un peu fofolle. Au bout de quelques mois, il fut complètement guéri et se moquait éperdument des autres animaux hypocondriaques. un corps sain mais un esprit quelque peu limité... le gnou après tout n'a jamais été réputé pour sa brillance ou ses neurones, plutôt pour sa bêtise et son côté - je fais comme mon voisin même si mon voisin saute dans une rivière pleine de crocos. Hypocondriaques, gnous ou humains, faites-vous soigner et arrêtez de vous soigner pour rien.
 
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