l'économe dans le potager

Publié le par Matthieu

Il traîne depuis quelques semaines. Flemme de bouger, de s'activer par cette chaleur. Tout sec, dans son bocal, il ne risque pas de rouiller. Pourtant il s'ennuie. Tout lui manque. Le contact de la chair fraîche, l'odeur des champs et des vergers. L'autre ne le voit même plus, tout occupé à son déménagement.
Et puis un jour, comme si de rien n'était, on le met en oeuvre. De sa torpeur il doit s'extirper bon gré mal gré et passer au travail, remplir sa mission. La peau est tendre et verte, s'enlève presque toute seule. Ce qui reste sera taillé en pièces par ses collègues de bocal puis jeté avec désinvolture dans un puits de métal. Les tomates lui passent à côté, sans un regard. Le maïs, quant à lui, n'a plus besoin de rien, juste d'une dernière vidange avant consommation express.

On le siffle une dernière fois pour une botte d'asperges tout droit arrivée du marché puis il se retrouve avec les autres, planches et couteaux, bols et cuillères, dans cet immense trou puant où la mousse prend son aise, où l'eau qui lui coule dessus le brûle, agresse son bois.

La salade est prête, l'économe retourne dans son bocal, lavé et séché, plus jamais il ne reverra le potager où les légumes sentent si bon, où la terre après la pluie lui rappelait sa jeunesse de noisetier. Il ne lui reste que son manche pour lui rappeler ses origines, ces noeuds de bois et ce vernis depuis longtemps râpé.

La râpe, c'est une toute autre histoire, elle ne sert quasiment jamais, alors elle fait un peu office de concierge, rendant de menus service pour les uns et les autres, colportant ragots et nouvelles du monde du bocal aux nouveaux arrivants.
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Publié dans Diary

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