Tes larmes
Elles s'accumulent dans tes grands yeux marrons. Ils brillent comme deux étoiles dans ton visage poupin. Du coup, tu en oublies de cligner et ça fait peur aux gens autour de toi. Tes pleurs de petite fille de bientôt trois mois émeuvent les passantes, eux aussi soudain tout émus, la larme à l'oeil.
Et soudain elles glissent, s'échappent le long de tes joues rebondies par le lait maternel, viennent rejoindre sur le col de ta robe l'humidité de ton bavoir. Elles coulent, rebondissent sur ta dernière cicatrice de combat nocturne avec toi-même. A ton âge on pleure encore pour un rien, un regard qui se détourne, un sein qui tarde, un lange qui t'obstrue la vue, un pouce qui tournoie au-dessus de ta bouche sans trouver sa route.
Tes larmes nous ramènent en enfance, au temps des disputes entre frères et soeurs, des pugilats puérils sans origine fondée, des réprimandes parentales que l'on trouvait toujours injustifiées. Tes larmes nous rappellent chaque jour qu'être parents c'est aussi des larmes - de joie.
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