Les fleurs du mâle
Si Baudelaire avait fait comme Rimbaud et s'était aventuré en Afrique, d'accord un peu plus loin, dans la péninsule Arabique, il aurait peut-être rencontré des hommes-fleurs. Pistils en exergue, ils arborent fièrement des parures et des colliers, des corolles délicates cueillies et choisies avec soin. Dans un pays où l'Islam est maître et règne sur quasiment tous les peuples, celui-ci a su conserver une partie de ses racines: les hommes ont beau y être fiers, arrogants et machistes comme ailleurs, ils assument ce côté féminin qui fait tant défaut à certains.
Mariant les parfums et les pigments avec une précision d'orfèvres de l'horticulture et de la décoration florale à en faire rougir les jardiniers de Versailles, mêlant avec une aisance toute naturelle le poignard en corne de rhinocéros et la fleur haut perchée sur l'oreille, ces hommes-fleurs revendiquent leur droit à transmettre leur savoir à leurs fils, veulent que le monde entier sache à quel point ils sont coquets. Ce n'est même plus de la coquetterie à ce stade mais plutôt de l'apparat. Quotidiennement renouveler ses bijoux végétaux relève en effet d'une quête effrénée dans le désert et ce savoir doit perdurer, même si les fleurs, elles, se font rares dans ce désert qui grandit chaque jour un peu plus et menace d'ensevelir avec lui Touareg, Berbères, Bédouins, Peuls et autres peuples du sable et des oasis.
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