Couverture réseau nulle

Publié le par Matthieu

La Corèze profonde c'est un peu comme la Creuse: le GPS perd les pédales, les portables cherchent désespérément une antenne relais qu'ils ne trouvent pas. On dirait parfois que dans ces coins-là la technologie ne veut pas fonctionner.

Vous êtes à un carrefour en rase campagne, les bois alentours sont tous identiques, les routes ressemblent à des pistes africaines et les villages aussi nombreux  que des girafes sur le Champ de Mars. Vous échouez dans l'un de ces patelins et espérez demander votre chemin à un habitant. Alors là ça devient carrément le Far West de 1880: les volets se ferment, les vieux se lèvent de leur banc à votre arrivée et ferment leur porte à clé. Perdus pour de bon, vous retournez la voiture pour trouver le bon vieil atlas routier. Pas de chance, vous l'avez remisé au grenier quand vous avez acheté votre Tom-Tom en vous disant que sur la boîte il y avait marqué "Europe" et que cette chose-là vous emmènerait n'importe où les yeux fermés. Là vous apercevez une boulangerie-épicerie-station essence-dépot de pain digne de Délivrance et vous tentez votre chance. La jeune femme derrière son comptoir vous observe bizarrement quand vous franchissez le seuil de son magasin et que la clochette retentit. Elle repose ses mots fléchés et esquisse un sourire si discret qu'elle paraît ricaner telle une sorcière digne des bûchers de l'Inquisition. Non vous n'êtes pas sur la route de Brive mais à Pétaouchnoque-sur-Rouflaquette, sur la route qui mène à Tataouine-les-Bains. Là vous ne savez trop quoi dire ni à vrai dire quoi faire. Vous lui achetez une baguette de pain en vous disant que c'est sans doute ce qu'il y a de mieux à faire. Vous vous dites que si seulement vous aviez une boussole vous chercheriez le Sud et fileriez loin d'ici en quatrième vitesse. mais vous n'avez pas de boussole bien sûr et de toute façon vous ne sauriez sans doute pas vous en servir. Et puis, qui sait, l'aiguille dans ce coin perdu ferait sans doute soixante-dix sept fois le tour du cadran avant d'indiquer... le néant.


Elle vous indique une carte routière de la région, édition 1975. Vous sautez dessus, payez, la remerciez. Pas un mot de sa part, elle encaisse vos achats et se remet à ses mots fléchés. Vous rejoignez alors la voiture, penaud et pas du tout rassuré. Le village est toujours aussi mort, c'est comme si en gros sur votre pare-brise était inscrit: là-dedans circulent deux personnes atteintes du choléra ou de la peste bubonique. Au bout de deux heures de demi-tours, croisement après croisement, ayant croisé un tracteur, deux vélos et une vache, vous tombez sur un panneau indiquant autoroute et retournez chez vous. Les cousins attendront. Vous leur enverrez un pigeon voyageur une fois de retour chez vous et puis bon, on y retournera l'an prochain, à la fonte des neiges ou disons... quand la civilisation moderne aura rendu ce coin de France accessible aux citadins.
Publicité

Publié dans Société

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
M
<br /> Ca, c'est le réveil de l'urbain qui sommeillait en toi grand frère : je suis fière de cette illumination un peu tardive!! Vive la ville et à bas la campagne!<br /> <br /> <br />
Répondre
M
<br /> <br /> pas tant le réveil d'un citadin que l'amusement de la vision qu'ont certains de nos campagnes profondes. Des amis nous ont raconté le trajet Lyon-Limoges en voiture et le GPS avait pas aimé...<br /> moi la campagne j'en ai pas de si mauvaises expériences que ça...<br /> <br /> <br /> <br />