Star spangled bum

Publié le par Matthieu

Au coin de la rue, en tailleur sur un boîtier EDF, on ne peut pas le louper. Il a beau habiter la rue, vivre de la manche et survivre ainsi depuis des années, ses habits en disent long sur ses idées. Les couleurs flamboyantes de ses vêtements, ses cheveux ébouriffés, ses baskets d'une autre époque, il me fait penser à un de ces SDF américains: On Display. Tentant le tout pour le tout, lui n'arbore pas de pancarte "un petit pièce pour mangé", pas de gobelet ou de casquette retournée. il joue la carte de l'originalité. Position du lotus au sortir du Carrefour Market, la boucle de ses index et pouces tournée vers un ciel qu'on a connu plus clément.

Les mamies tournent la tête, les plus jeunes sourient, quelques pièces à ses pieds, un sandwich, un livre ou deux, des polars, un sac de marin bigarré et réparé de toutes parts, pas de chien, pas de boucle d'oreille, de bouteille de villageoise ou de canette de 1866. Il ne fume pas, ne boit pas, mange peu et médite beaucoup. Certains le prennent pour un fou, d'autres pour un autre de ces anarchistes, anti-social ayant échoué dans la misère comme tant d'autres. Lui ne se voit plus, son image lui importe peu, le regard des autres ne compte pas, leur avis lui importe peu, leurs vies ne l'attirent pas. Le mental au beau fixe, il a tout le temps pour réfléchir, peser le pour et le contre, se poser les questions essentielles.

Il a connu l'Inde, Bénarès et sa pauvreté, le Gange et ses dévots. Il a même eu une maison a un moment, une femme et des enfants. Ils l'ont quitté, ou c'est lui qui est parti il ne se souvient plus. Cela n'a plus d'importance. C'est un vagabond moderne, sans attaches, sans famille, libre et pauvre, sale mais heureux. Son costume de travail multicolore, ses longs cheveux et sa barbe rousse lui donnent un air de gourou des années soixante-dix. Abnégation et concentration, il tient sa position de 8h à 20h. Le soir, il plante sa tente où bon lui semble, choisissant de préférence un endroit arboré, un parc, les abords du fleuve.

A mes yeux comme aux vôtres peut-être, il brille de mille feux et nous fait repenser notre façon de mener nos vies, la manière naturelle avec laquelle il compose avec son quotidien alors que nous ramons chaque jour avec le notre. Ce vieil homme enturbanné qui fait du yoga en pleine rue étonne et rassure: et si un jour nous aussi ?
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Publié dans Société

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