Polo, Fredo, ... et les autres

Publié le par Matthieu

Vingt-heures trente. TF1 résonne dans le salon, fait écho dans la cuisine et rebondit sur le plafond de la chambre à coucher. C'est l'avant-match. Les deux compères sont confortablement installés dans le canapé, la table basse devant eux déjà jonchée par-ci par-là de cadavres de bière et de coquilles de pistaches. Les yeux rivés sur l'écran, ils écoutent les commentaires aiguisés des invités plus ou moins footballistiques que la chaîne a invité pour l'occasion. La femme de Polo est partie manger avec une copine, celle de Fredo passe la soirée avec sa mère. Elle savent à quoi s'attendre si elles restent. Pierrot et Albert ne devraient plus tarder. Plus que quinze minutes avant le coup de sifflet.

La trentaine bien sonnée, la bouée bavaroise qui dépasse du jean, le maillot de Saint-Etienne par-dessus le marcel, les deux amis sont prêts. L'équipe jouera sans eux, oui, mais ils feront comme si, vociférant devant leur poste comme le ferait l'entraîneur de l'équipe, hurlant les buts tels les commentateurs brésiliens les plus bruyants. Les bouteilles de Kro s'empilent sur la table, tous les quatre sont là. Le match a commencé.

L'arbitre dès la cinquième minute punit un stéphanois d'un carton rouge. Bien sûr, selon nos footballeurs de canapé, il n'a rien fait, l'autre s'est jeté en l'air en simulant une faute. Pas de chance, l'arbitre est marocain, il en prends pour son grade. Tout y passe, des insultes aux menaces, des gestes vulgaires aux noms d'oiseaux les plus folkloriques. A la mi-temps tout de même, Saint-Etienne mène un à zéro. De quoi calmer nos amateurs de ballon rond.

Ils se remémorent alors les déplacements effectués avec leur équipe. Moncao, Nantes, Auxerre, Lille, Marseille. Les soirées d'après-match à parler foot devant le stade en dévorant des hot-dogs et des frites bien grasses. On reconnaît le bon footeux lorsqu'il connaît par leur prénom tous les gars des baraques à frites. Sur son pare-brise flotte l'écusson de son club (si possible avec des franges c'est tellement plus classe), sa vitre arrière est un présentoir à la gloire de son équipe favorite. Lorsqu'il se fait beau il ressort le vieux maillot de la Coupe du Monde, l'écharpe de son club et sa casquette aux couleurs de sa ville.

A la fin du match, deux réactions possibles: "On a gagné" ou bien "Ils ont perdu". Le vrai footeux, que ce soit Polo, Fredo, Pierrot ou Albert ou bien d'autres, admettra l'échec et avouera la défaite. Rejetant la faute sur tel ou tel joueur, un arbitre corrompu ou un terrain trop glissant. "On a perdu". Ce soit là ce n'est pas le cas et les quatre amis s'en vont rejoindre les autres supporters au PMU du coin pour une soirée encore un peu plus arrosée.

Pour ceux qui ne connaissant pas, le football c'est ce sport qui consiste à taper dans un ballon pendant quatre-vingt dix minutes tout en tâchant de ne pas se faire repérer lorsque l'on commet des fautes, faire des passes à ses voisins, tout cela en étant payé plusieurs millions. Le talent se retrouvant bien souvent remplacé par l'individualisme et la cupidité. A onze cerveaux ils auraient du mal à résoudre une équation à une inconnue mais bon, ils font rêver le peuple et sur leurs canapés, les fabricants de bière et les vendeurs de hot-dogs se régalent.
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Publié dans Société

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